Introduction

 

 

 

Quelques mois s’étaient écoulés depuis le départ de Connardus. La vie avait repris son petit train-train dans la commune de Petzouille les Oies.

La grande bourgade vivait tranquillement au rythme des saisons, loin des soucis parisiens et des grands de ce monde. En ce début de printemps encore un peu frais, vous auriez aimé déambuler sans but précis dans les ruelles secrètes et silencieuses. Au détour de quelque petit parc verdoyant, vous observeriez les joutes amoureuses de quelques couples d’oiseaux pleins d’ardeur à prolonger la vie après de trop longs mois de froidure et de neige.

Les rayons du soleil, encore rares, se faufilaient dans les moindres interstices jusqu’au sol, luttant contre les nuages tardifs qui voulaient encore pleurer leur désespoir de planer au-dessus de terres inconnues. Ils attendaient déjà de pouvoir retourner à ces immenses océans d’où ils étaient issus.

Et puis, au bout d’une ruelle sans grande importance, vous seriez tombé sur le petit jardin d’un octogénaire. Au fond de ce  jardin laissé à l’abandon depuis des lustres, une petite maison de banlieue. Des murs aux crépis un peu lépreux, une toiture aux tuiles orange et qui commençait à montrer quelques signes de fatigue, des fenêtres anciennes encadrées par d’antiques volets de bois rendus gris par le temps.

Et, au beau milieu de ce petit décor banlieusard, une table ronde en fer forgé, quelques vieilles chaises plus ou moins rouillées et un vieux fauteuil en osier.

Et sur la table ronde une cafetière fumante, une cuiller en inox des années cinquante, un petit pot de sucre de canne.

Et puis une vieille tasse jaune. Toute ébréchée, toute rafistolée, au vernis craqué en mille petits éclats. Fumante et pleine d’un café noir et fort.

Sans le savoir, vous plongeriez votre regard dans l’antre du Vieux Raymond…

Et celui-ci serait assis sur ce vieux fauteuil en rotin qui commence aussi à montrer quelque lassitude de servir encore à son âge.

Et là…si rien ne vous distrait de votre innocente curiosité…alors votre regard croiserait celui de ce vieillard tout voûté dans son peignoir antédiluvien.

 

- Ben, qu’est-ce qu’il me veut encore celui-là ? tonnerait alors une voix profonde et rocailleuse. Il veut ma photo peut-être ? Dégage de là, loustic, ou tu vas le regretter !

Voilà…
C’était peut-être la seule fausse note qui existait dans la partition pourtant paisible de cette petite ville.